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Calendrier de l’Avent 2020

C’est une œuvre par jour pour mettre un peu d’art dans votre quotidien en attendant Noël…

1er décembre 2020

Alexandre Calame, “Lac de montagne”, vers 1845, Ville de Genève, Musées d’art et d’histoire. Pour commencer ce calendrier de l’Avent, un peintre vaudois qui a fait la gloire des paysages suisses. Ici représentant le lac des Quatre-Cantons, la baie de Sisikon et les montagnes Bristenstock et Uri-Rotstock, Alexandre Calame transmet avec brio la majesté et la sérénité des paysages alpins. Élève de François Diday, il atteint la notoriété avec des œuvres monumentales comme “Orage sur la Handeck” (également parmi les collections du MAH) qui lui valu la médaille d’or de l’Exposition des beaux-arts de la ville de Paris en 1841. Les paysages alpestres restent son thème de prédilection et nous permet de redécouvrir les beautés de nos montagne en ces temps de mobilité réduite.

2 décembre 2020

Gérard de Palézieux (dit Falconnet), “Trois coquillages”, 1958, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève. Legs Irène et Vassily Photiadès, 1977. Un autre artiste suisse, Gérard de Palézieux, connu pour son œuvre intimiste concentrée sur le traitement de la lumière. Ses sujets de prédilection sont les paysages et les natures mortes qu’il traite par différentes techniques (peinture, aquarelle, gravure). Il s’installe en Valais dès 1943 et s’applique à représenter les paysages qui l’entourent. Ses natures mortes comme celle-ci, représentant 3 coquillages, proposent un traitement intéressant de l’espace et des volumes grâce à un travail de clair-obscur et de jeu de lumière intense.

3 décembre 2020

Katsushika Hokusai, « Oies sauvages et cormorans », 1770-1849, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève. Voici une planche du célèbre maître d’estampe Katsushika Hokusai représentant des oiseaux d’automne : oies sauvages, cormorans et moineaux. Cette planche vient probablement d’un ehon, littéralement « livre d’images », servant de manuel didactique aux amateurs de dessins mais aussi de lexique visuel pouvant nourrir les futures compositions de l’artiste. Bien que le niveau de réalisme concernant le traitement des oiseaux soit incroyable de précision, on voit bien que la composition de l’ensemble est fantaisiste. Nous trouvons rarement un tel ballet d’oiseaux de différentes espèces en même temps. Si on observe plus en détail les oies sauvages, on voit que chacune d’elles est représentée selon un point de vue différent, permettant ainsi de représenter toutes les facettes de l’animal sur un même dessin.

4 décembre 2020

Parasol japonais, vers 1920, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève, achat, 1987. Cet objet nous ramène à la mode du japonisme, prisé dans les arts à la fin du 19e siècle et qui a profondément influencé les tendances vestimentaires occidentales jusque vers la moitié du 20e siècle. Fabriqué à base de papier imprimé, de bambou, et de bois exotique peint, ce parasol nous emmène au pays du soleil levant autant par l’imaginaire que par la foule de références visuelles auxquelles il renvoie. Tout comme le kimono, le parasol japonais a été représenté maintes fois dans des œuvres ayant marqué leur époque et qui forment aujourd’hui un ensemble exotique et chatoyant. Nous pensons à des œuvres comme : « Nu à l’ombrelle japonaise » d’Aimé-Nicolas Morot « La Japonaise. Madame Monet en costume japonais » de Claude Monet (1876), « La Parisienne japonaise » d’Alfred Stevens (1872) ou encore au « Caprice en violet et or. Le paravent doré » de James McNeill Whistler,  (1864). Ce goût pour l’évasion et l’exotisme asiatique aura influencé de nombreux arts et on en trouve encore des traces dans les réserves insolites de musées.

5 décembre 2020

Henri de Toulouse-Lautrec, « Paysage de montagne », vers 1880, Cabinet d’arts graphiques des Musées d’art et d’histoire, Genève, Dépôt de la Fondation Garengo, Céligny. Célèbre pour ces affiches et ses représentations de scènes de cabaret, Henri de Toulouse-Lautrec était également un dessinateur hors pair. Chaque rencontre, chaque voyage était l’occasion d’exercer son crayon. La plupart de ses dessins sont en réalité des ébauches qui serviront à l’élaboration de peintures ou de lithographies. Ici, une vue de montagne au crayon rehaussé à l’aquarelle et à la gouache tiré d’un carnet. On sent à travers ces quelques esquisses et la pose d’ombres rapides la même force de composition que dans les célèbres affiches du Moulin-Rouge.

6 décembre 2020

Eugène (-Samuel) Grasset, « Chocolat Masson, Chocolat mexicain », 1898, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève. Eugène Grasset, célèbre illustrateur suisse, a créé de nombreuses affiches qui sont encore aujourd’hui gravées dans nos mémoires. Il s’installe à Paris en 1871 et fournit des modèles pour des fabriques de fournitures, de tapisseries, de céramiques et de joaillerie, où il acquiert vite une bonne réputation. Entre les publicités pour chocolats et le logotype pour les dictionnaires Larousse, cet artiste aux multiples talents crée des dessins pour des vitraux d’église en Suisse et en France et enseigne à Paris dans des écoles d’art graphique. En 1898, il crée le célèbre caractère d’imprimerie Grasset, que l’on retrouve sur toutes ses affiches et posters et qui sera présenté lors de l’Exposition universelle de 1900 à Paris. En ce jour de la Saint Nicolas, je vous propose une affiche pour le chocolat Masson. Mettant l’accent sur la douceur d’une mère et son enfant dans une scène intime et familière, on retrouve le goût particulier de Grasset pour l’art nouveau dans la composition générale, les bandes décoratives à volutes ainsi que dans les motifs des textiles. Ne serait-ce pas l’heure de se faire une tasse de chocolat chaud ?

7 décembre 2020

Félix Edouard Vallotton, « Les trois baigneuses », 1894, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève. Don de Lucien Archinard, 1979. Félix Vallotton est un artiste réaliste qui suggère des situations plutôt qu’il ne les décrit. Sans embellissement ni glorification, son art est indiscret et souvent traversé d’humour noir. Dès 1891, il renouvelle l’art de la xylographie (à une époque où la lithographie en couleur était très en vogue) et sa renommée devient internationale grâce à ses gravures sur bois et ses illustrations. Ses estampes sont expressives et composées d’aplats francs de noir sur blanc traitant des thèmes singuliers dans un style très synthétique, incisif et renforcé par l’absence de dégradé. Un exemple ici avec nos trois baigneuses. Le tour de force de cette estampe reste le traitement de l’eau, qui grâce à un effet d’optique permet de donner cette impression de profondeur et de miroitement. Cette œuvre fait écho à une série de dix petites estampes réalisées une année auparavant, « Les petites baigneuses », qui se trouve également dans les collections du MAH.

8 décembre 2020

Utagawa Hiroshige, « Ormeau, maquereau et fleurs de pêcher », 1832-1834, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève.
Voici une des 20 planches de la série « Uo-zukushi » qui signifie « Grande série de poissons » réalisée entre 1832 et 1834 par Utagawa Hiroshige. Cette série met en scène des poissons, des crustacés ainsi que des plantes dans un fond en dégradé de style bokashi. Dans ses fonds, Hiroshige utilise souvent cette technique qui consiste à faire varier la clarté d’une couleur en appliquant manuellement une gradation d’encre plutôt que d’encrer uniformément le bloc. Dans l’œuvre conservée au MAH, on trouve un ormeau, un maquereau et une branche de fleurs de prunier surmontés d’un poème. Ce qui réunit ces espèces est la saison dans laquelle on les rencontre, plus particulièrement les mois de janvier à mars, période privilégiée pour goûter l’ormeau et pour admirer les fleurs de prunier. Les autres planches qui composent cette série peuvent être visionnées sur le site dédié aux estampes de Hiroshige : https://www.hiroshige.org.uk/Nature_Prints/Nature_Fish.htm. Profitez-bien !

9 décembre 2020

Ferdinand Hodler, « Le Petit Platane », vers 1891, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève. Achat, 1931.
On ne présente plus Ferdinand Hodler, célèbre peintre symboliste suisse de la fin du 19e siècle. Loin de ses œuvres monumentales, de ses œuvres historiques ou de ses portraits expressifs, nous vous proposons ici une œuvre tout en douceur, un jeune arbre au soleil. On retrouve dans « Le petit platane » l’amour de Hodler pour la nature accentué par un traitement très doux de la couleur. Entre le vert clair d’un début de printemps et un ciel bleu dégagé de toute tension, Hodler nous offre l’émotion d’un après-midi de détente tout en témoignant de sa vision de la nature : la composition fait en sorte que l’arbre, aussi jeune et chétif soit-il, domine de toute sa beauté le spectateur, réduit à un témoin silencieux et admiratif. Vous prendrez bien encore un peu de soleil ?

10 décembre 2020

Luigi Rossi, « Rêves de jeunesse », 1894, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève. Achat auprès de l’artiste avec l’aide de la Fondation Diday, 1895. Peintre symboliste suisse, Luigi Rossi (1853-1923) est connu pour ses toiles représentant des scènes de genre dont la fine critique sociale le distingue de ses contemporains. Il aime également peintre des paysages d’après nature et des portraits. Après quelques années à Paris où il dessine pour Alphonse Daudet et Pierre Loti, entre autres, Rossi rentre à Milan et émerge un nouveau style symboliste dans ses œuvres. « Rêves de jeunesse » est exposé à Genève lors de l’Exposition nationale suisse en 1896 et reste une des œuvres majeures de Rossi. La scène bucolique représentant un étang agrémenté de nénuphars et un jeune pêcheur de dos à moitié allongé sur la berge prend de la profondeur quand, suivant le regard du jeune homme, nous découvrons les reflets de nuages sur l’eau. Ces nuages prennent la forme de jeunes filles nues, vaporeuses et évanescentes dans des tons roses lumineux, tel le rêve du pêcheur se matérialisant devant nos yeux.

11 décembre 2020

Jules-Ami Courvoisier, « Chocolat Suchard », vers 1933, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève.
Un peu de douceur en ce 11 décembre avec une affiche de la célèbre marque de chocolat suisse Suchard. Philippe Suchard (1707-1884) ouvre une usine de chocolat à Serrières dans le canton de Neuchâtel en 1826. Sa réussite vient entre autres de la technologie innovante, un système hydraulique, qu’il met en place pour faire fonctionner les moulins de son usine exploitée par seulement deux personnes. Cette technique est encore utilisée de nos jours pour broyer la pâte de cacao. Sa matière première étant un produit exotique et coûteux, la production de chocolat était chère. Suchard sort de ses déboires financiers en 1842 grâce à une commande massive du roi de Prusse Frederick William IV, qui était aussi le prince de Neuchâtel. Cette commande lance littéralement la marque et Suchard gagnera des prix à travers toute l’Europe.
L’affiche que nous vous proposons aujourd’hui met en avant la variété « Sumela », un chocolat au lait, miel et amandes, qui n’existe plus aujourd’hui. On y retrouve le talent de l’illustrateur Jules-Ami Courvoisier, originaire de La Chaux-de-Fonds et élève d’Eugène Grasset à Paris, dont les affiches culturelles et sociales sont encore célèbres aujourd’hui.

12 décembre 2020

Edouard Elzingre, « La Belle Escalade Genève 1602», vers 1929, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève.
En ce 12 décembre, l’Escalade reste incontournable ! Voici une lithographie en couleur de la célèbre chanson de « La belle Escalade » faisant partie de la collection d’estampe du MAH. On y trouve ses différents refrains ainsi que la partition au cas ou vous auriez oublié sa rengaine entêtante. Chaque refrain est accompagné d’une petite vignette illustrant l’épisode en question. Edouard Elzingre (1880-1966) reste célèbre pour ses estampes et ses cartes postales vintages de différents lieux célèbres de Suisse, cartes que l’on trouve toujours en kiosque aujourd’hui. A défaut d’aller voir le cortège cette année, vous pouvez toujours casser la marmite et faire résonner les pétards aux sons de cette chanson inévitable.

13 décembre 2020

Albert Marquet, « Quai sous la neige », vers 1905- 1906, Ville de Genève, Musées d’art et d’histoire. Legs Jacqueline Maus, 1998. Albert Marquet, formé aux arts décoratifs puis aux Beaux-Arts notamment sous l’égide de Gustave Moreau, est un artiste inclassable, pas tout à fait chez les Fauves, ni tout à fait chez les Postimpressionnistes. Il se spécialise dans la représentation de paysages, naturels ou urbains, et tout comme les impressionnistes, aime peindre les mêmes vues inlassablement tout en travaillant les couleurs, les effets de lumière et de composition.Cette vue du quai des Grands-Augustins à Paris, peinte et repeinte par l’artiste depuis son atelier, lui donne l’occasion d’utiliser une vue plongeante et d’éviter une représentation trop détaillée des éléments. Ici on retrouve le quai enneigé, dans cette atmosphère particulière aux paysages hivernaux. L’impression de ralenti, de silence même, imprègne toute la scène et le seul vrai mouvement vient de ces lignes courbes en diagonale qui partent de la gauche du tableau pour arriver en bas à droite. Cette langue de neige, ponctuée de-ci de-là par quelques figures noires occupe la moitié de l’œuvre et on retrouve cette diagonale si chère à Marquet.

14 décembre 2020

Katsushika Hokusai, « Neige à l’aube », 1818, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève. Nous restons dans les paysages d’hiver avec aujourd’hui une version japonaise par le célèbre maître d’estampe Katsushika Hokusai. Il s’agit d’une page d’un carnet d’esquisses (hokusai gashiki). On y trouve un paysage enneigé, avec en premier plan trois barques de pêcheurs glissant sur un lac bleu glacé, derrière eux resplendit une composition de petits îlots dont les habitations et la végétation restent couvertes d’un manteau de neige épais. En arrière-plan, des éléments montagneux dans un ciel orangé de ce matin naissant. On retrouve la touche rapide et rythmée de Hokusai jusque dans les détails des éléments rocheux et dans la vigueur du trait. Un joli matin de neige en bonne compagnie…

15 décembre 2020

Félix Edouard Vallotton, « Chemin ensoleillé à Honfleur », vers 1910, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève. Achat, 1971. On quitte les monts enneigés un instant pour se réchauffer au soleil de Vallotton. Entouré d’une végétation luxuriante on entendrait presque les oiseaux chanter tellement le rendu émotionnel dans cette toile est fort. Son rêve était de peindre des paysages qui ne seraient pas en proie à des rapports soumis aux convenances ou au dictat de l’analyse précise de la lumière. Il voulait représenter la nature selon les émotions qu’elle lui procurait, des lignes, des couleurs, quelques détails…Il découvre Honfleur et sa région en 1902 et y peindra des paysages, des intérieurs et des portraits qui sont exposés aujourd’hui dans de nombreux musées suisses et étrangers. On pense à « Vases de Honfleur » (1917) au Musée des Beaux-Arts de Lausanne, à « Vue de Honfleur » (1910) au Kunstmuseum Winterthur ou encore à « Effet de brume, Honfleur » (1917) collection particulière. Ces œuvres se caractérisent par un traitement de l’espace particulier et des contrastes colorés intenses qui transmettent plus un état d’esprit, allant de la joie à la mélancolie, qu’à une simple représentation de la nature.

16 décembre 2020

Félix Edouard Vallotton , « Le Mont-Rose », 1892, MAH Mu-sée d’art et d’histoire, Ville de Genève. Legs Irène et Vassily Photiadès, 1977. On reste avec Vallotton mais on fait un bon de 20 ans en arrière avec cette xylographie sur papier Japon. On retrouve sur cette planche l’influence des estampes japonaises: l’épuration des lignes, la force du trait, le contraste des ombres qui seul va donner du volume aux rochers. Cette idée aussi que par quelques lignes suggérant des bancs de nuages Vallotton suggère également une certaine distance entre le premier et le second plan, distance toute conventionnelle. J’aime beaucoup le côté déstabilisant que le titre nous procure découvrant l’œuvre… ou l’inverse ! Dans cette composition presque surexposée avec ces blancs très purs, éblouissants, et ces noirs denses et profonds bien que parcimonieux, la mention de ce « Mont Rose », nom de la montagne nous procure un sentiment de surprise. Rappelons que ce nom vient du patois valdôtain rouésa qui signifie « glacier ». Rien à voir donc avec la couleur rose si ce n’est nous faire rêver un peu. J’aime aller au musée pour découvrir des œuvres qui nous surprennent et nous emmène plus loin que ce à quoi on s’attendait… Rendez-vous au musée en 2021 ??!

17 décembre 2020

Ferdinand Hodler, « Paysage printanier avec arbres en fleur », vers 1895, Ville de Genève, Musées d’art et d’histoire. Nous restons avec un de nos artistes suisses préférés et un paysage printanier pour sortir de cette grisaille de décembre. Hodler cristallise toutes les nuances et les émotions d’un printemps ensoleillé dans ce paysage où se dressent deux arbres qui semblent se tenir par la main. Au premier plan, un parterre d’herbes et de fleurs et en fond un lac à peine visible avec seulement l’ombre d’une berge montagneuse au loin, perdu dans le bleu du ciel. Renouveau de la nature, renouveau de la vie, le printemps est la saison par excellence où la nature nous éblouit de sa beauté : ses différents tons de vert, sa multitude de fleurs, ses branches qui soudain se revêtent de bourgeons pimpants. Après la pluie, le beau temps et après l’hiver, le printemps… accrochons-nous !

18 décembre 2020

Théodore Douzon, « Soleil d’hiver », 1898 ?, avant 1898 ?, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève, Achat, 1898. L’hiver a quand même ses bons côtés, comme un paysage de neige dont les tons presque monochromes sont rythmés par un soupçon de soleil, à peine suggéré. Théodore Douzon (1829-1914), peintre et graveur spécialisé dans le paysage, est actif à Genève dès 1853. Le MAH possède trois toiles de cet artiste : « Brouillard d’hiver », « Le petit Salève » et l’œuvre que nous vous présentons ici. Le point commun de ces toiles reste une perception accrue de la nature et un traitement subtil de la lumière. Dans « Soleil d’hiver », l’atmosphère lourde et opaque de nos journées d’hiver est extrêmement bien rendue, le titre mettant l’accent sur l’élément quasi absent, le soleil, dont seul l’ombre des arbres au premier plan révèle sa présence. A quand les chemins enneigés ?

19 décembre 2020

Utagawa Hiroshige II (Shigenobu), « Le sanctuaire Yushima Tenjin », 09-1862, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève. Voici une des planches de la série « Trente-six vues des paysages de la capitale de l’est » ( 東都三十六景 Tôto sanjûroku kei), représentant le sanctuaire de Yushima (湯しま天神 Yushima Tenjin) réalisée par Utagawa Hiroshige II. Selon la tradition au sein des écoles de peinture, Shigenobu (son nom d’apprenti) hérite du nom « Hiroshige II » à la mort de son maître en 1858. Étant le plus doués des disciples de Hiroshige I, leurs styles sont tellement similaires que les experts confondent souvent leurs œuvres. Ici on retrouve les éléments qui ont fait le renom de HIroshige I : les effets de profondeur et l’utilisation de dégradé “bokashi” (dégradé de couleurs en couches plus ou moins chargée de pigments appliquées sur un papier humide). On retrouve également l’utilisation du mica, ce minerai utilisé pour créer ce gris profond et légèrement brillant, idéal pour représenter le ciel sombre d’une journée de neige.

20 décembre 2020

Arthur Calame, « Soleil couchant à Vevey », 1885 ?; avant 1885 ?, Ville de Genève, Musées d’art et d’histoire. Troisième fils du célèbre peintre suisse Alexandre Calame, Arthur Calame (1843-1919) a étudié la peinture avec son père avant de partir à Düsseldorf puis en Italie d’où il remmènera de nombreux paysages.Dans « Soleil couchant à Vevey », le traitement particulier de la lumière donne à l’œuvre sa dimension émotionnelle et nous rappelle les œuvres des romantiques. Ici la nature est comme sublimée, on lui donne la parole et elle se pare de ses plus beaux atours pour séduire le peintre avant tout, et les visiteurs du musée aujourd’hui ! D’un gris bleuté aux reflets cuivrés d’une fin de journée, le ciel et le lac d’une même tranquillité, accueillent cygnes et nuages dans leur douceur ouatée. Redécouvrons les peintres et les paysages suisses, ils valent le détour !

21 décembre 2020

Félix Edouard Vallotton, « Les instruments de musique, planche 3 : Le Violon », 1896, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève. Voici encore une œuvre de Vallotton… Oui, je sais, mais quand un artiste peut nous emmener si loin à travers les différentes facettes de son œuvre, on en profite ! Aujourd’hui, une planche de sa célèbre série de xylographie consacrée aux instruments de musique, série qui marque un tournant dans son œuvre. Ici le degré de synthèse formelle des éléments représentés atteint des sommets. Le fauteuil à peine souligné par un trait de lumière, le violon presque invisible si ce n’était cet archet reflétant la lueur de l’âtre. Les éléments du décor ne sont là que pour satisfaire notre besoin d’être rassurés par un sentiment de familiarité, alors que le sujet même de l’œuvre est plongé dans l’ombre. Le sentiment pesant qui émane de toute cette noirceur est contrebalancé par la chaleur du feu de cheminée qui met en évidence le jeu du musicien, nous rappelant l’élément essentiel et manquant de l’image : le son du violon, qui ne reste qu’à notre imagination de restituer. Si vous aimez ce style d’impression, nous vous invitons à découvrir les autres planches de cette série directement sur le site web du MAH et de leur magnifique catalogue en ligne : https://collections.geneve.ch/mah/ En un mot, allons au musée via leur catalogue en ligne en attendant de pouvoir y retourner sereinement physiquement.

22 décembre 2020

Ferdinand Hodler, « Femme en extase », 1911, MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève. Achat, 1939. On abandonne les paysages accueillants d’Hodler pour une représentation de personnage féminin où transitent les trois styles de l’artiste : réalisme, symbolisme et expressionnisme. Ici une femme en extase qui, loin des exemples mystiques liés à la religion et à l’ambiguïté subtile entre amour mystique et érotisme, donne libre court à un érotisme sublimé. Les teintes rouges de la robe ainsi que les fleurs qui entourent la figure accentuent ce lien à la passion et l’amour. Exprimant ses émotions grâce au mouvement de son corps, la danseuse italienne Giulia Leonardi, cette femme dansante au regard lointain, nous donne cette sensation d’intimité et de bien-être. Il faut bien sûr se remettre dans le contexte du début du XXe siècle où les femmes étaient engoncées dans des corsets et des règles sociales pesantes. Par contraste, cette extase féminine semble libre, entraînante et d’une douceur accueillante.

23 décembre 2020

Anonyme, [Temple du dieu-Renard à Inari: estampe pour célébrer le Nouvel An] (Japon),  MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève. En vue de la semaine prochaine, une œuvre pour vous souhaiter le meilleur pour 2021 avec une représentation du dieu Inari, divinité des renards, de la fertilité et du riz, entre autres. Ici nous sommes en présence d’une estampe imprimée par le temple Inari à l’occasion du Nouvel An. On y trouve le dieu Inari sous sa forme animale en habits de cérémonie performant une danse rituelle de purification, symbolisée par les accessoires utilisés : dans la main gauche un éventail et dans la main droite un « ônusa » ou « haraegushi » (baguette magique en bois utilisée dans les rituels shinto et couvert de bandelettes de papier en zigzag « shide »). Faute de pouvoir se rendre au Japon admirer le temple principal dédié à Inari, le célèbre Fushimi Inari Taisha à Kyôto, nous vous partageons ces quelques notes de couleurs dansées par un renard en nous souhaitant des temps meilleurs pour très bientôt…

24 décembre 2020

Torii Kiyomitsu II 二代目 鳥居 清満, « Takarabune, le bateau du Trésor, sous la forme d’un homard, porte-bonheur des acteurs d’Ichikawa », 03-1832, Cabinet d’arts graphiques des Musées d’art et d’histoire, Genève, don Emilia Cuchet-Albaret. Pour cette dernière porte du calendrier de l’Avent 2020, nous vous avons choisi une autre estampe japonaise représentant le « takarabune », le bateau du Trésor, qui dans le folklore japonais, est mené à travers les cieux par les sept dieux du bonheur pendant les trois premiers jours de l’an. Ici, ce thème est traité de manière particulière car il s’agit d’une planche annonçant le changement dans la dynastie d’acteur de kabuki de la famille Ichikawa. Ichikawa Danjuro VII (1791-1859) transmet son nom de scène à son fils de onze ans qui prend à son tour le nom de Dajuro VIII. Le bateau du Trésor, ici sous la forme d’un homard, porte-bonheur de la famille Ichikawa, transporte des éléments symboliquement forts : au centre, le « mon », le blason de la famille représenté par trois carrés les uns dans les autres, en haut à droite de ce « mon » le double poisson pour la chance et le corail pour la fortune, en bas à droite la tortue pour la longévité. On retrouve aussi en haut à gauche sous le poème deux chauves-souris stylisées également symbole de bonne fortune. Accompagnant la transmission du nom, cette œuvre est accompagnée de poèmes de la main du père et du fils. Le premier exprime ses vœux de succès et de bonne fortune à son fils et celui-ci répond par un poème exprimant sa volonté de faire honneur à sa famille en portant ce nom si célèbre dans le monde du théâtre kabuki. Que du bonheur donc, que nous voulions vous transmettre en cette fin d’année particulière et pour une fois de plus vous souhaiter le meilleur pour 2021 !